• Bear's Den - Red Earth & Pouring Rain (07/2016)

    Bear's Den est un groupe londonien formé au début de la décennie 2010, suite à la rencontre entre Andrew Davie (chant, guitare) et le multi-instrumentiste Kevin Jones. Avec le renfort de Joey Haynes à la guitare, le trio va enregistrer un premier EP "Without/Within" en 2013, puis un album "Island" en 2014, largement plébiscité par la presse et le public. Il faut dire que le folk-indie proposé par le groupe est largement dans l'air du temps, tout à fait dans la mouvance d'un Mumford & Sons ou d'un Of Monsters and Men

    A la suite de la longue tournée internationale qui suit, Joey décide de reprendre sa liberté et c'est donc sous forme de duo que le combo s'attaque à l'écriture et l'enregistrement de ce "Red Earth & Pouring Rain" qui sortira en cette fin juillet (22/07).

    Musicalement, la métamorphose est totale !... Ne surtout pas s'attendre à écouter un album dans la lignée de son frère aîné. Le folk a laissé la place à une pop et un soft rock un peu froid, penchant nettement vers les années '80: on croit entendre les Cars ("Red Earth & Pouring Rain", "Emeralds"), voire carrément Foreigner ("Auld Wives", "Broken Parable") quand le rythme est soutenu. Pour la grosse moitié des morceaux qui sont calmes et langoureux, on revient paradoxalement à une ambiance musicale et un habillage plus actuels. On y retrouve quelques similitudes avec le Ryan Adams de "1999" ("Roses on a Breeze", "New Jerusalem", "Love Can't Stand Alone", "Gabriel"), l'intensité et l'émotion un cran en-dessous, cependant. 

     

    Le rapprochement avec les Cars est aussi dictée par la présentation de l'album par le groupe: il est soit-disant destiné à être écouté en voiture, la nuit de préférence (cf. la pochette). Bon, pourquoi pas ? mais pour ma part, ce ne sera pas le cas (à cause du côté Foreigner, essentiellement !).

    Un album étonnant, et dans la lignée de ces "contre-pieds" dont je parlais récemment. Ceux qui ont dévoré "Island" à pleines dents seront incontestablement surpris, pour ne pas dire déroutés. Ceux qui ont adoré les années '80s y retrouveront avec plaisir le son et l'atmosphère qui y règne par-ci par-là. Les autres seront peut-être plus attirés par les morceaux sereins et paisibles, à la délicate sensibilité.

     

     

    J-Yves

     

     

    3/5: *****








    Red Earth & Pouring Rain

    1. Red Earth & Pouring Rain (4:50)

    2. Emeralds (4:30)

    3. Dew on the Vine (5:04)

    4. Roses on a Breeze (5:20)

    5. New Jerusalem (4:13)

    6. Love Can't Stand Alone (5:27)

    7. Auld Wives (4:40)

    8. Greenwoods Bethlehem (5:35)

    9. Broken Parable (6:10)

    10. Fortress (5:20)

    11. Gabriel (4:05)

    12. Napoleon (5:25)



    Bear's Den - www.facebook.com/bearsdenmusic

    Andrew Davie: chant, guitares

    Kevin Jones: basse, guitares, batterie

     

     

     

     

     

     

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  • Brisa Roché - Invisible 1 (06/2016)

    Brisa Roché est une song-writer américaine qui s'est installée à Paris au tout début des années 2000 et qui a commencé à faire carrière dans le jazz. Après un premier album "Soothe Me" sorti en 2003, elle rejoint le célèbre label Blue Note pour sortir "The Chase" en 2007, plus orienté pop-rock que jazz proprement dit... C'est que la jeune femme est curieuse, sans cesse à la recherche de nouveaux sons, d'instrumentations et d'orchestrations. Après une attente de 6 ans depuis son "All Right Now" de 2010, la voici qui vient nous livrer ce "Invisible 1".

    Et là encore, difficile voire impossible de classifier cet album: folk, pop, rock, indie, disco, dance... tout y est. 

    Débutant par un "Lit Accent" aux accents pop sucrée, les titres suivants ("Echo of What I Want", "Night Bus", "Minute") oscillent entre FeistGoldfrapp ou Lana Del Rey, avec parfois quelques clins d’œil à la pop psychédélique des années 60 ("Baby Come Over"). A mi-parcours, changement de ton: les titres prennent soit une orientation plus "dance / r&b" ("Vinylize"), voire carrément disco (cf le bien nommé "Disco", "Diamond Snake"), soit une orientation planante, éthérée ("You Like Fire", "Each One of Us"). Brisa porte sa belle voix chaude, feutrée, lancinante et s'amuse à chanter, déclamer ou parler en mode syncopé. Bref, Brisa est libre: elle fait ce qu'elle veut, comme elle veut. Et ça fonctionne !

    Facile à écouter, on n'hésite pas à remettre le couvert pour en apprécier sa diversité et sa variété d'ambiances. Ce ne sera peut-être pas l'album de l'année. Il lui manque un chouïa de profondeur, de consistance, du moins dans la durée (cf le petit trou d'air avec les dispensables "Diamond snake" et "Walk With Me"). Sans être superficiel, loin de là, on cherche cependant en vain une ligne directrice. Brisa chante "Find Me", en clôture de l'album. On ne sait pas trop si elle s'adresse à nous ou si elle se cherche elle-même...

     

     

    J-Yves

     


    3/5: *****






    Invisible 1 - www.brisaroche.com

    1. Lit Accent (3:42)

    2. Echo of What I Want (3:45)

    3. Nigh Bus (2:15)

    4. Baby Come Over (3:03) 

    5. Groupie (3:10)

    6. A Minute (2:50)

    7. Disco (3:55)

    8. You Like Fire (4:40)

    9. Each One of Us (3:15)

    10. Diamond Snake (2:37)

    11. Walk With Me (2:45)

    12. Vinylize (3:04)

    13. Find Me (2:20)



    www.facebook.com/labrisadayroche



     

     

     

     

     

     

     

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  • Austerlitz - Japan (06/2016)

    Avec un nom pareil, Austerlitz, on se doute que le groupe n'est pas originaire d'Autriche ou de Russie... Gil et Nicklaus, multi-instrumentistes et song-writers, se rencontrent à la fin des années 2000 à Paris. Partageant une passion commune pour une pop complexe et raffinée (Tears for FearsDepeche Mode), ils décident de faire un bout de chemin ensemble. Rejoints par Jocelyn qui se chargera des fûts (de batterie...), ils forment le trio Austerlitz et enregistrent leur 1er album en 2010 ("Austerlitz"). Ils passent ensuite pas mal de temps sur scène, sortent plusieurs clips, et enregistrent ce "Japan", un EP qu'ils nous délivrent le 10 juin dernier.

    Musicalement, le trio revendique un rock asymétrique, entre math rock et art rock. Il y a de ça, c'est vrai. Enfin, surtout sur le premier album. On ne retrouve pas sur ce "Japan" l'énergie et la vigueur de son frère aîné, mais on devine que c'est volontaire, pour coller au plus près de l'histoire qui sert de fil conducteur: celle d'un petit robot quittant Paris pour aller rejoindre sa fiancée à Tokyo. On a donc le droit ici à une pop très orientée electro, une musique plus "industrielle" dans la forme. Les compositions restent travaillées, les arrangements précis et les mélodies accrocheuses (surtout le "Tokyo" qui ouvre l'EP, à la fraîcheur entêtante). Il faut ensuite attendre "I Belong to You" pour retrouver de la vitalité et de l'ardeur, les autres titres baignant dans une atmosphère à la fois mélancolique et languissante. Il n'a pas trop la patate, le petit robot !...

    J'ai découvert le groupe avec ce "Japan". Plaisant, agréable à l'écoute, c'est en approfondissant le sujet que je suis tombé sur leur premier LP, que je trouve personnellement beaucoup plus intéressant !.. assez proche de ce que propose un Balinger (chroniqué il y a quelques mois: lire). Les rythmes et les structures y sont plus dynamiques et variées, le son plus naturel, plus direct et plus vif, les guitares prenant le pas sur les synthés, alors que l'EP est plus linéaire et pour tout dire nettement electro. Le fossé entre les 2 albums est assez frappant, c'est à se demander parfois s'il s'agit bien du même groupe !

    Ceci démontre en tout cas l'étendue de la palette musicale du trio, et sa capacité de s'affranchir du style pour mettre en musique leurs compositions. 

    Et sa maîtrise de l'art du contre-pied !

     

     

    J-Yves

     


    3/5: *****







    Japan - soundcloud.com/austerlitz

    01 : Tokyo (4:25)

    02 : Litate (4:05)

    03 : Flowers (2:05)

    04 : I Belong to You (4:04)

    05 : The Mystery of Us (3:20)



    Austerlitz www.facebook.com/austerlitzrock

    Gil Charvet: chant, basse

    Nicklaus Rohrbach: claviers

    Jocelyn Soler: batterie




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  • Memory Lake - Hurricane (06/2016)

    Memory Lake, c'est l'histoire de 3 jeunes gens ayant la volonté de créer un groupe où on jouerait de la musique, mais pas que. Quand Julie (chant), Thomas (guitare) et Matthieu (basse) mettent en place leur projet, il y a 2 ans à Paris, ils commencent à en poser les bases en explorant l'univers de la musique électronique et en y ajoutant une dimension visuelle. Sans renier leur culture rock, ils utilisent l'electro pour appuyer le côté introspectif et contemplatif de leurs compositions.

    "Hurricane" est leur premier EP, tout juste sorti le 17 juin dernier. Impossible de ne pas noter, dès les premières notes, le travail sur le son, aussi bien dans le corps que dans l'esprit. Très planant, éthéré, mais aussi très sombre sans pour autant être froid, il règne tout au long de ce mini-album une sensation de rêve et d'irréalité. Planant ne voulant pas forcément dire lent et monotone, les titres sont variés à défaut d'être rythmés (mis à part le "Moonlight" final). L'atmosphère et l'ambiance générales sont loin de celles d'une fête de village ou d'un banquet familial !... 

    Ceci dit, parler d'electro pop serait réducteur, tant au niveau des structures et des arrangements. On préférera parler de trip-hop, voire d'art rock electro (si ça existe ?). La voix chaude de Julie souligne le côté envoûtant des morceaux, un peu à l'image d'un Bashung ("Le Passager", mais surtout "Vincent"). 

    Ils le disent eux-même: "On fait une musique de sensation et d’ambiance". On ne peut que confirmer. Un voyage dans les tourments intérieurs, au-dessus d'un lac embrumé et mystérieux, telle est la sensation qu'on ressent à l'écoute de ce mini-album qui ne laisse pas l'auditeur insensible.




    J-Yves



    3/5: *****







    Hurricane - soundcloud.com/memory-lake

    1. Vibration (4:05)

    2. Le Passager (4:37)

    3. Hurricane (3:30)

    4. Hammer (3:38)

    5. Vincent (3:44)

    6. Moonlight (3:35)



    Memory Lake - memory-lake.com

    Thomas Aguettaz: Guitares, Claviers

    Matthieu Clerjaud: Basse

    Julie Thouément: Chant


    Musicien additionnel:

    Thomas Calegari: batterie





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  • Panzerpappa - Pestrottedans (03/2016)

    Panzerpappa est un groupe norvégien basé à Oslo et à l'histoire assez mouvementée. On simplifiera et résumera en disant qu'à la base, il s'agit d'un projet monté par le seul Trond Gjellum en 1996. Au cours d'une collaboration avec le groupe de prog metal Sangioveze, il rencontre Steinar Børve avec lequel il trouve quelques affinités qui vont les amener à développer Panzerpappa comme un véritable groupe. Ils enregistrent leur 1er album "Passer Gullfisk" en 2000. Suivront 4 autres albums, échelonnés entre 2002 et 2012. Émaillée de divers changements de line-up jusqu'en 2002, la structure du groupe reste stable depuis cette date. "Pestrottedans" sorti en mars dernier est leur 6ème album, 4 ans après "Astromalist".

    La musique proposée par Panzerpappa est du RIO: Rock in Opposition. Historiquement, le mouvement RIO est né vers le milieu des années 70 dans le but de "faire du rock autrement en s'opposant à l'industrie du disque" (cf. wikipedia). Si ça a bien fonctionné pour quelques-uns (complètement ignorés par les maisons de disque), il n'en a pas été de même pour beaucoup d'autres. Alliant sonorités rock, jazz, fusion, expérimentales et psychédéliques, le genre n'a depuis jamais cessé de prendre de l'ampleur et de s'étoffer. Beaucoup se sont aussi frottés au RIO, en y mettant un pied ou les deux, suivants les périodes. MagmaGongUnivers ZeroCamelOzric TentaclesSteve HillageZappa et King Crimson en font partie.

    Panzerpappa se situe dans la catégorie de ceux qui ont les 2 pieds dans le RIO. On trouve dans leur musique beaucoup de similitudes avec les groupes pré-cités, notamment Zappa et King Crimson, auxquels on pourrait aussi ajouter Soft Machine et Van der Graaf. Inutile de dire que l'écoute n'est pas facile, surtout si on est amoureux des mélodies harmonieuses, des refrains accrocheurs ou des riffs binaires. A l'inverse, les amateurs de dissonance, de ruptures et d'expérimentations y trouveront largement leur compte. 

    J'avoue que pour ma part, ce n'est pas le style de musique que j'écoute tous les jours, mais plutôt à petites doses. C'est une musique qui demande beaucoup d'attention pour en apprécier toutes les subtilités, les nuances et la profondeur. Si la technicité et la virtuosité des musiciens sont flagrantes, il n'en est pas de même de la richesse des compositions, au niveau de l'écriture s'entend, et plusieurs écoutes sont nécessaires pour estimer et déguster cet album à sa juste valeur.

    Les gens qui n'aiment pas le prog ont tendance à dire qu'il y a "trop de notes". Les amateurs de prog qui n'aiment pas le RIO, eux, disent simplement qu'il y a "trop de notes".


    Faudrait savoir...

       

     

    J-Yves

     


    3/5: *****







    Pestrottedans

    1. Spådom (4:11)

    2. Pestrottedans (7:05)

    3. Barkus i Vinterland (6:04)

    4. Fundal (6:54)

    5. Tredje malist (4:13)

    6. Landsbysladder 3 (8:26)

    7. Goda' Gomorrah (6:25)



    Panzerpappa - www.facebook.com/Panzerpappa

    Steinar Børve: saxophones, Akai electric wind instrument, keyboards 

    Trond Gjellum: drums, percussion, samplers and programming 

    Anders K. Krabberød: bass, Chapman stick

    Jarle Storløkken: guitars, keyboards, accordion 

    Hans-Petter Alfredsen: keyboards 





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  • Ariel Ariel - Mwen Menti (05/2016)

    Ariel Ariel est une toute jeune formation bordelaise. Aux manettes, on y trouve Ariel Tintar, qui écume les scènes de la région depuis pas mal de temps en collaborant notamment avec le groupe Pendentif, et qui ici décide de voler de ses propres ailes en s'entourant de quelques musiciens. "Mwen Menti" est leur premier EP, sorti en mai dernier.

    Natif de Martinique, Ariel arrive très tôt à Bordeaux où il va suivre une formation classique de piano, au Conservatoire de la ville. Cette formation alliée à ses origines créoles vont lui servir à établir son style musical, entre rigueur issue du classique et couleurs pastels d'une indie pop chatoyante ("Mon île").

    La voix haut perchée, presque céleste, d'Ariel nous transporte pour des moments de pur délicatesse ("Mwen Menti"). Mais c'est parfois pour nous prendre par surprise, au détour d'accords puissants ("Odessa"). Si "Condition Féminine" (paradoxalement chanté en anglais) est plus standard dans la forme, assez similaire à ce que peut proposer un Temper Trap (au hasard), on a tendance à préférer lorsque l'ambiance se fait plus douce, tel ce très beau et très émouvant "Souviens toi" en mode piano-voix.

    On n'écoute pas cet EP comme d'autres. Il est pétri d'une forte personnalité et d'un charme certain, et même s'il ne dure que 20 petites minutes il propose une palette riche de sons et de musicalité, tout en distillant une belle dose d'émotion.  

    Une bien belle découverte pour un EP réussi et qui sort de l'ordinaire. Comme on dit: "à suivre !"...

     

     

    J-Yves



    4/5: *****






    Mwen Menti - soundcloud.com/arielariel

    1. Comme Toi (3:38)

    2. Mwen Menti (3:01)

    3. Mon île (4:05)

    4. Odessa (3:08)

    5. Condition Féminine (4:35)

    6. Souviens-toi (3:25)

     

     

    Ariel Ariel - www.facebook.com/ArielArielmusic

    Ariel Tintar: chant, piano

    Louis Gaffney: basse

    Blandine Millepied: claviers

    Swann Vidal: batterie

     

     

     

     

     

     

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  • In The Canopy - Talking Monkeys (04/2016)

    Il y a des groupes dont on tombe sous le charme dès les premières notes du premier morceau qui nous traverse les oreilles. Ça nous est tous arrivé, au moins une fois. Pour ma part c'est arrivé souvent, et ça continue. Je me dis que tant qu'on a ce genre de coup de foudre, c'est que le cœur et les oreilles fonctionnent correctement. D'un certain côté, c'est rassurant.

    Je suis tombé dans les filets d'In The Canopy un soir de décembre 2012, à l'écoute de leur 1er EP "Never Return" que j'avais aussitôt chroniqué dans la foulée (lire chronique). Deux ans plus tard, leur 2ème EP "The Light Through", faisant suite à un passage à Rock en Seine, au Printemps de Bourges puis à l'émission de France Inter "On va tous y passer", confirmait ce qu'on pressentait: le potentiel du groupe commençait à éclater au grand jour (chronique).

    Un an et des poussières plus tard, nous voici avec leur 1er LP: "Talking Monkeys" (04/2016). Plus que le passage de l'EP au véritable album, il va maintenant être intéressant d'étudier l'évolution musicale, de l'identité et plus généralement l'orientation suivie par le groupe.

    Cet album a prit le temps de naître, près de 4 ans depuis leur date de formation. C'est dire si Joachim et sa bande n'ont pas bâclé la chose. A la manière de leurs compositions, le style s'est doucement mis en place, pour arriver aujourd'hui à ce rock atypique, hors format et décalé qui fait leur spécificité. Essayer de décrire la musique d'In The Canopy n'est pas facile. L'Art Rock n'est pas du prog' à proprement parler, mais enfin, ça y ressemble méchamment. Un rock où les rythmes changent sans cesse, avec une succession de montées et de baisses de régime et où les structures des compositions sont à géométries variables. Les atmosphères electro des premiers EP ont laissé la place à une ambiance beaucoup plus énergique, plus puissante. Le ton s'est nettement durci. La thématique de l'album a pour sa part contribué à l'apport de nouvelles sonorités, plus tribales. Le jeu de batterie et les percussions de Thomas s'en trouvent ainsi bien mieux mis en avant, ce dont on est loin de se plaindre ("Lightshot", "We Got Tears") !.. Des rythmes soutenus par des lignes de basse toujours aussi agréables et sautillantes ("Achtung Hunter", "Light Dark Light"). On n'occultera pas, de la même manière, le jeu évolutif des guitares et des claviers, ces derniers ayant tendance à rester bien plus en retrait qu'auparavant. Il n'y a que sur le superbe "Nightfall" qu'on retrouve les réminiscences des grandes nappes de claviers de "Never Return". Enfin, le style d'ITC est basé sur le chant et la voix de Joachim. Moins aérienne, moins haut perchée, elle n'a rien perdu de sa capacité à émouvoir et transporter l'auditeur vers les cimes... Rares sont les voix qui procurent chez moi autant d'émotion que sur "How Long" ou "Waiting to Die"; et techniquement il ne doit pas y avoir beaucoup de monde capable de chanter le bouleversant "Rules of Past" !

     

    Sans parler de musique expérimentale ou innovante, le rock d'ITC reste avant-gardiste. Parce que hors norme et hors standards. Une musique subtile: on y trouve l'énergie, la douceur, le dynamisme et la puissance, mais à doses éparses, savamment distillées. Ce n'est jamais linéaire, plat ou redondant, mais au contraire varié, changeant, étonnant et.. détonnant. Je reprochais dernièrement dans une chronique la façon qu'ont certains de rester sagement "dans les clous". 

    Ce que j'adore avec les musiciens d'In The Canopy, c'est qu'ils sont partout ailleurs...  

     

     

     

    J-Yves

     


    5/5: *****








    Talking Monkeys - inthecanopy.bandcamp.com

    1. Lightshot (3:04)

    2. How Long (3:49)

    3. Along With The Dancer (4:08)

    4. Nightfall (3:59)

    5. We Got Tears (3:35)

    6. Waiting To Die (2:20)

    7. Achtung Hunter (5:03)

    8. Light Dark Light (3:40)

    9. Catch A Predator (5:58)

    10. Rules Of Past (3:55)


    In The Canopy - www.inthecanopy.fr

    Joachim Müllner: Chant

    Thomas Martinez: Guitare

    Maxime Lunel: Guitare, Claviers

    Erwan Karren: Basse 

    Thomas Chalindar: Batterie 




    photo: (c) In The Canopy 




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  • Orange Bud - Peacock on an Iceberg (04/2016)

    Orange Bud, on connaît, du moins ceux qui lisent régulièrement ce blog. On en a parlé il y a plus de 2 ans pour la sortie de leur premier album "Losses" (lire chronique). Depuis, les rhônalpins, basés à Chambéry, ont poursuivi leur progression: participation à plusieurs festivals dont le Printemps de Bourges en 2013, réalisation de clips et enregistrement d'un EP "Acoustic Breathing" (2014) qui, comme son nom l'indique, est entièrement acoustique. En avril dernier, il viennent de sortir leur 2ème album, ce "Peacock on an Iceberg".

    Groupe privilégiant la scène, il lui a fallu prendre sur lui pour réduire ses apparitions et se concentrer sur le présent objet, fruit d'un travail collectif aussi bien au niveau des compositions que des arrangements. 

    Le résultat est net, dès la première écoute: les morceaux possèdent une réelle profondeur, les instrumentations sont plus riches et l'interprétation plus nuancée que sur "Losses". La couleur musicale reste la même: très proche d'un John Butler Trio ou d'un Ben Harper, le blues folk électrique proposé est toujours aussi balancé et charpenté ("Delicate Laces", "Oaks and Wolves"), dynamique et puissant ("Frenetic Bird", "When I Wanted"). Nouveauté: des morceaux aux rythmes décalés et changeants ("On My Stolen Ship", "Peacock on an Iceberg"), ou encore poétiques et atmosphériques ("Hanging by a Thread", "The Wild Wild Airs").

     

    Les 40 minutes de l'album déroulent sans aucun temps mort ni baisse d'intensité. La variété des titres y est certainement pour beaucoup. Mais je noterais pour ma part une présence moins envahissante du chant que j'avais à l'époque (légèrement) regretté sur Losses. Pas que je n'aime pas la voix de Clémentine, au contraire ! (une belle voix chaude et puissante) mais est-ce un travail au niveau de la production (excellente !), ou bien de l'écriture ?.. le fait est que le chant s'en retrouve du coup bien mieux mis en valeur, au bénéfice de l'ensemble.

    Facile d'écoute, très agréable, tantôt dansant, tantôt introspectif, nous avons là un bien bel objet qui se diffuse dans nos oreilles. On se régale des parties de slide-guitare, la contrebasse est ronde à souhait et la batterie sait à la fois rester discrète ou faire monter la sauce. Bref, c'est nickel.

    Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette petite merveille musicale, qui prouve s'il en était besoin que les Anglo-saxons sont loin d'avoir le monopole du blues folk de qualité. 

     

     

    J-Yves

     

    4/5: *****






    Peacock on an Iceberg - orangebudmusic.bandcamp.com

    1. Somersault Lullaby (3:57)

    2. On My Stolen Ship (3:24)

    3. Delicate Laces (4:09)

    4. Frenetic Bird (3:25)

    5. Oaks and Wolves (4:02)

    6. Hanging by a Thread (1:47)

    7. Peacock on an Iceberg (3:44)

    8. Nine (4:30)

    9. The Wild Wild Airs (4:18)

    10. When I Wanted (3:59)

    11. Next Fireworks (2:20)



    Orange Bud:  www.orangebud.fr

    Clémentine DUCHEMANN: Chant  

    Thomas VOULHOUX: Guitares

    Bastien FAMELART: Contrebasse

    Quentin LAVY: Batterie



    photo: (c) Arthur Hennard







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  • Jonas and I - These Days (05/2016)

    Jonas and I est un tout jeune groupe finlandais (Kuopio). Oui je sais: encore la Finlande ! Ben, j'y peux rien s'il s'y passe un tas de (bonnes) choses musicalement parlant, et variées. Parce qu'ici on ne va pas parler de prog ni de metal, les 2 grandes spécialités du pays, mais de folk. Un folk plaisant, doux, léger, harmonieux. Printanier.

    Difficile de croire que ce "These Days", qui sort aujourd'hui même, est le premier album de Jonas et sa bande, tant il est cohérent, varié, maîtrisé et pour tout dire sans faux-pas. Les musiciens parviennent parfaitement à retranscrire dans leurs chansons leur jeunesse, leur fraîcheur, leur penchant pour la liberté et les grands espaces. Ils expliquent dans leur bio que certains titres ont été écrits pendant qu'ils voyageaient autour du monde, et on les croit volontiers parce que ça s'entend !

    L'écoute est un réel plaisir, et vous file une sensation de bien-être qu'on rencontre rarement (surtout pour ceux d'entre nous habitués à écouter du metal-prog, du post-rock ou du hard...). "What You Do" ou "Alarm Clock" sont furieusement mélodieux et onctueux, "Liz" est délicate et entraînante, "These Days" vous fait respirer l'air des grands espaces à plein poumons, quand le splendide "Awake or Dreaming" vous invite à admirer un magnifique coucher de soleil.


    Jonas and I fait partie de ces artistes qui proposent un folk "consistant", qui sort de l'ordinaire tout en ne révolutionnant pas le genre, soyons honnête. 

    A l'instar d'un King Charles (lire chronique du "Gamble for a Rose"), d'une Jaylis (chronique "My Lonely Shadow") ou d'un Auguste (chronique "La Tristesse des Autoroutes"), on s'éloigne ici de ceux qui suivent les routes toute tracées ou qui perdent leur spontanéité originelle (cf. le décevant "Cleopatra" des Lumineers).

    Printanier. Pas parce qu'on court derrière les papillons à moitié à poil dans les champs de coquelicots, mais parce qu'on retrouve les rayons de soleil, la lumière et la brise légère qu'on attendait avec impatience tout au long de l'hiver.

    Un brin de fraîcheur, un vrai. Un folk bio, 100% naturel. On en redemande !

     

     

    J-Yves

     


    4/5: *****









    These Days

    1. Opening (1:05)

    2. What You Do (3:35)

    3. Alarm Clock (2:45)

    4. Going Home (3:03)

    5. Crossroads (4:50)

    6. Liz (3:07)

    7. Same Old Lane (3:30)

    8. Awake or Dreaming (4:45)

    9. These Days (3:15)

    10. Goodbye (3:43)



    Jonas and I - www.jonasandi.com - facebook

    Roope Hakkarainen:vocals, guitar

    Jonas Ursin: guitar, keys, vocals

    Juho Väliaho: keys, vocals

    Santeri Laitinen: bass, vocals

    Antti Alvasto: drums, percussions


    Guests:

    Tero Holopainen: lapsteel

    Antti Hevosmaa: trumpet, flugelhorn

     

     

    photo: (c)Humu Records - Sampo Jaakola

     

     

     

     

     

     

     

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    Gatha

    Renaissance *****

     

     

    Gatha - Renaissance (03/2016)

    Gatha, dans la vraie vie, s'appelle Agathe. Originaire de Bordeaux, elle y suit les cours de violoncelle du conservatoire dès son plus jeune âge. Attirée aussi par la danse et le chant, son penchant pour l'écriture de chansons lui fera finalement choisir de devenir auteur-compositeur-interprète. Après un premier EP "Fuir" sorti en 2014, elle nous propose cette fois-ci un autre EP, "Renaissance" (25/03).

    Il ressort de sa formation classique des orchestrations riches, nuancées et multiples. La pop de Gatha navigue entre sombre beauté et lumineuse intensité. Les compositions ne se cantonnent pas dans le standardisé couplet-refrain, mais évoluent, montent doucement en puissance... Le violoncelle, loin d'être omniprésent, laisse volontiers la place aux claviers électroniques et aux boîtes à rythme, pour donner à l'ensemble un aspect à la fois mélodieux et moderne, sans pour autant verser dans la facilité ou la simplicité. La voix sombre de Gatha, jamais fragile mais souvent sensuelle, donne à ces morceaux leur dualité spécifique, entre froideur des instruments et chaleur vocale.

    Ne pas terminer cette chronique sans parler des textes (en français !): précis, délicats, à l'opposé du futile et de l'inconsistant qu'on croise trop souvent, et que certains préfèrent masquer derrière un anglais approximatif.

    Ce n'est peut-être pas flamboyant, multicolore ou festif; disons plutôt que c'est intimiste, ténébreux, tourmenté et personnel. Gatha se confie plus qu'elle ne s'expose (cf. "Oublie tout"). Et non seulement c'est beau, mais c'est réussi.






    Renaissance

    1. Renaissance (4:02)

    2. Léo (4:05)

    3. Amours Avortées (3:30)

    4. Les Marcheuses de la Nuit (4:35)

    5. Oublie Tout (3:20)


    Gatha - www.gatha.fr

     

    Gatha: violoncelle, chant, musique, textes

    Jean Thevenin: batterie




     

     

     

     

     

    Casablanca Drivers

    Donde Estoy ? *****

     

     

    Casablanca Drivers - Donde Estoy ? (03/2016)

    Les Casablanca Drivers, eux, nous viennent tout droit de la West Coast. Ni Los Angeles ni San Francisco, non, disons plutôt la côte ouest de la Corse, Ajaccio plus précisément. Formé en 2011 par 5 copains, le groupe sort son premier EP "2002Pizza" en 2014. S'ensuit une longue série de concerts et festivals qui les conduiront un peu partout en France et souvent à Paris. C'est d'ailleurs à la capitale qu'ils décident de s'installer pour enregistrer leur 2ème EP, ce "Donde Estoy ?" sorti le 23 mars dernier. 

    Musicalement, le désormais trio propose un rock très années 80 avec quelques légères touches psychédéliques (plus visuelles que sonores) avec cette décontraction et cette nonchalance dont on affuble volontiers les habitants de l'île de beauté. Amateurs de clins d’œil, les musiciens se plaisent à disperser et éparpiller par-ci par-là quelques riffs à la Talking Heads ("The Shore of Danger"), ou à la Cure ("Red Man" et "La Ola") quand ce ne sont pas les prémices de l'electro à la Bowie de la trilogie berlinoise ou de Kraftwerk ("Die Autobahn").

    C'est carré, formaté et ça reste sagement dans les clous. On aurait aimé plus de folie, d'extravagance, comme le laisse à penser la lecture de leur bio. On s'attend donc à ce que ça parte en vrille, à un moment ou à un autre, mais malheureusement ça n'est pas le cas. Dommage. Ceci dit, ce n'est pas parce qu'il manque de folie que cet EP ne mérite pas l'écoute, fortement conseillée !






    Donde Estoy ?

    1. Red Man (3:30)

    2. La Ola (4:10)

    3. Deverb (4:12)

    4. The Shores of Danger (4:53)

    5. Die Autobahn (4:12)

        


    www.facebook.com/casablancadrivers







    J-Yves

     






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